Afrik.com : Un média africain et militant

 

Depuis sa création en 2000, Afrik.com est devenu l’un des leader de l’information africaine sur internet. Ses atouts revendiqués : son indépendance vis-à-vis des pouvoirs africains et sa volonté de donner une vision juste de l’Afrique. Si ces objectifs sont partiellement atteints, il n’empêche qu’Afrik se cherche encore.

Capture d’écran de la page d’accueil d’Afrik.com, le 2 févrirer 2014

Fondé à une époque où le journalisme entre timidement dans l’ère numérique, Afrik.com est le pionnier des pure players panafricains francophones. Le site est lancé en 2000 par deux anciens du CSA, Olivier Zegna Rata et Antoine Ganne, et le journaliste Christophe Schmidt. Avec un capital de départ de 250 000€, ils recrutent une petite dizaine de journalistes africains basés à Paris. L’objectif est alors de rendre visible l’Afrique sur internet. Et il y a surtout une volonté de changer la façon de traiter l’information africaine. Les journalistes fondateurs refusent la représentation médiatique occidentale du continent (guerres civiles, catastrophes naturelles, opérations humanitaires…). Selon M. Zegna Rata, désormais président du groupe, la rédaction se veut « plus juste, plus précise, plus proche du terrain pour coller à la vision des Africains de leurs pays. » Mais le choix du web n’est pas seulement militant, il est aussi stratégique. Dans une Afrique où la diffusion de la presse écrite est peu développée, le web se révèle être le média approprié pour toucher un large lectorat.

Le journalisme africain à l’honneur

Les débuts sont difficiles, les recettes peu élevées. Mais le site reste dans une situation de quasi-monopole et parvient à l’équilibre au bout de six ans. Son président souligne le tournant pris en 2009 : « Afrik a entamé une stratégie de diversification afin de proposer des contenus différents aux internautes. » C’est ainsi qu’Afrik.com devient un portail regroupant le quotidien d’information généraliste en ligne, Afrik-foot, AfrikEco, Afrik-cuisine… Les journalistes s’imprègnent des règles du journalisme web, ils soignent la titraille, améliorent le référencement, enrichissent leurs papiers. Et les correspondants sont de plus en plus nombreux. Si bien qu’ils sont désormais une dizaine sur place pour seulement trois à Paris. Principalement basés en Afrique de l’Ouest et au Maghreb, ils écrivent quotidiennement ou deux fois par semaine pour le site. D’autres journalistes africains contribuent ponctuellement, tout comme des intellectuels et des spécialistes interviennent dans la partie participative du site.

Afficher Afrik.com dans le monde sur une carte plus grande

Si ces journalistes africains sont de plus en plus nombreux, c’est aussi pour la liberté totale de ton que leur offre Afrik.com. « Bien sûr, le salaire en euros est attractif, mais nos correspondants cherchent surtout à donner leur vision de l’Afrique », admet Adile Farquane, directeur de la rédaction. Ses journalistes produisent un contenu original et peuvent aborder n’importe quel sujet. Même si les articles concernent le plus souvent la politique, de nombreux sujets de société sont traités chaque jour, sans tabou. Cette liberté de ton est possible grâce à l’indépendance de la rédaction. Basé juridiquement en France, le média ne dépend pas des états dont il traite l’actualité. Ce qui n’empêche pas les journalistes sur place de subir des pressions. Mr. Farquane assure veiller à la protection de ses employés : « Il y a parfois des tensions et nous sommes obligés de recourir à l’utilisation de pseudos ». Dans certains cas, le sujet est tout simplement confié à la rédaction parisienne.

Marges de progression

Aujourd’hui, le portail Afrik.com (le quotidien et les sites connexes) attire 2,6 millions de visiteurs uniques. En constante progression, le pure player a peu de concurrence. Certains ont essayé de jouer sur le même créneau, mais ne parviennent pas à résister à l’épreuve du temps. Bien que leader, Afrik éprouve aussi des difficultés. À se reposer uniquement sur ses ressources publicitaires, le site s’expose à des revenus variables qui n’assurent pas sa pérennité. D’autant plus que les coûts rédactionnels sont toujours plus importants. Pour soutenir son activité, Afrik puise parfois dans les recettes de sa filiale AfrikTV, son agence de presse audiovisuelle. Née début 2011, elle vend ses images à de nombreuses chaînes de télévision occidentales ou panafricaines. Mais lorsqu’il est question d’investissements massifs, les actionnaires sont toujours obligés de remettre la main à la poche.

Autre enjeu de taille pour Afrik : le panafricanisme. Le portail entend aborder l’actualité des 54 pays africains dans son ensemble. Mais sa volonté panafricaine se heurte à des ressources financières, structurelles et humaines trop limitées. Faute de moyens, seule la partie francophone du continent est couverte par la rédaction. Une édition anglophone, Afrik-news, a bien été lancée en 2008, mais elle n’a jamais vraiment décollé. Si des moyens conséquents ne sont pas mis en œuvre pour cette partie du site, c’est aussi en raison de ses priorités. Les meilleurs chiffres sont réalisés en Afrique francophone et en France. Et M. Zegna Rata rappelle que le groupe doit « se concentrer sur les pays où l’on fait de l’audience, et sur la diaspora ». Cette tactique semble fonctionner puisque le site enregistre des audiences records ces derniers mois. Pour l’instant, Afrik.com vise donc à consolider son lectorat plutôt qu’à l’étendre, et ce au détriment de ses ambitions panafricaines.

Article rédigé par Antoine Cavaillé-Roux