Slate Afrique, pour qui … pourquoi ?

 

C’est en février 2011 que Jean-Marie Colombani lance SlateAfrique. Profitant du chiffre d’affaires de ses confrères Slate.com et Slate.fr, il propose « des commentaires, des analyses, des éditoriaux, pour prendre le recul et le temps nécessaire de la réflexion », précise son président. Entre polémiques et incohérences, Slate Afrique doit encore choisir son camp …

Capture d’écran de la page d’accueil de Slateafrique.com du 13-02-2014

La Rédaction compte 10 employés, dont 5 journalistes et, à sa tête, uniquement des noms européens (Jean-Marie Colombani, Johan Hufnagel …). La touche africaine est quant-elle elle essentiellement  assurée par des blogueurs. « Nous avons 150 à 200 contributeurs qui vivent en Afrique, tous rémunérés », affirme Claire Blandin, secrétaire générale du magazine.

Arnaud*, par exemple, est un blogueur d’origine africaine, qui devait initialement participer à l’aventure Slate Afrique en tant que contributeurs. On lui propose finalement le poste de « stagiaire rémunéré » et c’est le début d’un long chemin pour obtenir une convention de stage en bonne et due forme. « Ils ont commencé à en pomper tout le contenu {du blog} contre mon gré alors que je n’étais pas encore payé » assure-t-il. À la fin de cette collaboration, Slate Afrique lui devait encore 600€, selon ses dires.

L’information
Présenté sur Wikipédia comme traitant de « l’actualité et de la diaspora africaine», Éric le Boucher (co-fondateur de Slate.fr) le dépeint plutôt comme « un site généraliste (…) {aux} angles impertinents, subjectifs. On y vient pour comprendre, être surpris et s’amuser. Il y a un côté ludique qu’on revendique ».

Géraldine*, ancienne stagiaire pour Slate Afrique dénonce une information trop ”peoplisée”. Munie d’une bonne connaissance de l’Afrique et d’une solide expérience journalistique, elle espérait trouver un stimulant intellectuel dans les tâches qui lui seraient confiées. « Je peux comprendre que le clic soit important pour un site Internet, mais j’en avais assez qu’on me demande perpétuellement des articles racoleurs pour meubler ». «Entre le top 10 des “losers africains “, le bikini de Zahia, ou le “boy friend franco-algérien” de Madonna, on ne sait plus très bien si on se trouve sur un site de commentaire et d’analyse d’actualité ou dans un tabloïd faisant commerce de la vie des  “people” », analyse Eurydice Vial pour Acrimed.

Les partenaires
Des pure-players d’informations africains, ce n’est pas ce qui manque ! Entre Afrik.com, Jeune Afrique ou Afrinquinfos (pour ne citer qu’eux), Slate Afrique n’avait que l’embarras du choix en terme de partenariats. Pourtant, le site a choisi deux médias en fin de vie, Actuel et MTM News. Le premier a publié son dernier numéro en janvier 2013 et le second a été liquidé en septembre 2012.

Slate Afrique a également tissé des liens avec Presseurop, un pure-player à destination des Européens plutôt que des Africains, et Africatime qui n’est pas un site d’information, mais un moteur de recherche référençant les magazines et webzines africains.

Autant de choix qui affaiblissent la portée de ce média, dont la promesse initiale, celle de délivrer une information de qualité sur l’actualité panafricaine, n’a pas été parfaitement tenue.

*: les prénoms ont été changés à la demande des interviewés

Article rédigé par Alice Patalacci