Europe

Les revues satiriques en Belgique, une recette qui ne fonctionne pas?

La Une du premier numéro de Pan depuis sa reparution.

Il y a quelques jours, Pan, un journal satirique belge, renaissait sous une nouvelle formule. Focus sur l’art de la satire au plat pays, qui brille surtout pour sa quasi-absence du paysage médiatique. 

Le 14 avril dernier, l’hebdomadaire satirique belge francophone Pan signait son retour dans les kiosques. Le journal, fondé en 1945 par trois humoristes, avait depuis changé maintes fois de propriétaire, pour finalement fusionner avec Père Ubu et devenir Ubu Pan. Pointé du doigt pour ses positions d’extrême-droite et ses attaques envers le PS et l’Islam, l’hebdomadaire avait fini par disparaître.

Désormais sous les commandes du blogueur, écrivain et polémiste Marcel Sel, Ubu Pan redevient Pan, et veut retrouver les ingrédients qui avaient fait son succès du début. Exit l’ancrage politique (qui était d’ailleurs plutôt à gauche à la fondation du journal), l’écrivain veut gommer l’image péjorative qui collait à Ubu Pan dans les années 2000, et s’inscrire dans une nouvelle ligne éditoriale. « C’est le journal satirique qui en a marre des bords, qui en a ras-le-bol des idéologies », annonce-t-il. Ses inspirations, il les puise dans le paysage médiatique français : « On a un petit côté Gorafi avec de fausses informations. On a aussi un côté plus informatif à la Canard enchaîné. On a un petit côté rentre-dedans à la Charlie Hebdo », expliquait-il à RTLinfo.

Car si la Belgique est le pays de la BD, la presse, elle, n’est pas illustrée. Alors que plusieurs titres se côtoyaient au 19e siècle (Le Manneken, Charivari belge, Méphistophélès, L’Argus, Le Rasoir, La Trique…) les feuilles satiriques belges ont peu à peu disparu des kiosques. Côté francophone, on trouve aujourd’hui La Poiscaille, un bimestriel liégeois indépendant qui traite de la politique de la région et de la « société civile ». En néerlandais, la revue hebdomadaire et conservatrice ‘t Pallieterke, créé en 1945, est toujours publiée. Sur le web, Nordpresse.be nous rappelle forcément Le Gorafi, avec ses articles basés sur de fausses informations.

Pour le blogueur Serge Coosemans, la presse satirique belge francophone est dépassée, notamment à cause du public « troisième âge » pour qui elle est faite. « Cet humour-là ne cherche pas à secouer ni à expliquer quoi que ce soit du monde dans lequel on vit aujourd’hui. Il est médiocre, facile et dénué d’ambition » dénonce-t-il dans un billet publié sur Focus Le Vif. Selon lui, l’humour est limité, car adapté à ceux qui sont nés « avant 1950 ». « La satire politique est en Belgique francophone souvent nulle parce qu’elle ne cherche en fait jamais à sortir du divertissement. » La rareté des journaux satiriques en Belgique tiendrait peut-être au fait qu’elle ménage encore trop ses politiques, en évitant de les bousculer et de les piquer là où ça fait mal.

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