Océan Indien

Maurice: peuple et politiques se disputent leur vision du journalisme

Image CC BY-SA Karim Ghelab.

À Maurice, le journalisme fait le grand écart : indépendant dans la presse privée, il est complètement soumis à l’État à la télévision publique.

La presse privée, porte-parole du peuple

« Faites un bon travail pour nous » : ce sont les mots d’une Mauricienne, dont la cabane de taule à été détruite par le dernier cyclone, à un journaliste de l’Express. En le voyant dans leur quartier sinistré, tous les habitants tiennent à lui montrer l’état de leur « maison » et témoigner de leur détresse. Ils semblent placer en lui tous leurs espoirs, certains que la publication d’un article pèsera sur les pouvoirs publics.

Cette confiance des citoyens, les journalistes de presse l’ont méritée. Dans les pages des trois principaux journaux (l’Express, le Défi, et le Mauricien), la dénonciation de la misère du peuple ou des injustices a une grande place, tout comme les critiques envers le gouvernement. Indépendants, les journaux jouissent d’une certaine liberté, même si les dirigeants utilisent les moyens qui leur restent pour tenter de faire pression. Depuis 2006, le gouvernement a, par exemple, mis en place un boycott du journal l’Express, commencé par la suppression des publicités publiques dans ses pages, pour atteindre son apogée lors d’une conférence de presse du Premier ministre, où l’accès a été refusé aux journalistes de ce quotidien.

Télévision, outil de propagande du pouvoir

Si les journaux leur échappent, les dirigeants politiques gardent la main mise sur la télévision. Sans vraiment s’en cacher:  « mon rôle, c’est de servir le gouvernement » avait déclaré, décomplexé, le directeur général de la MBC, la télévision publique mauricienne. La nécessité de privatiser des chaînes pour une plus grande liberté d’expression est souvent soulignée, tant par les journalistes que par des organes tels que MédiaTrust ou Reporters sans frontières.

Mais l’État ne semble pas prêt à abandonner son monopole. Ici, chaîne publique ne rime pas avec service public : la MBC est une télévision d’État. Discours et cérémonies officielles occupent l’antenne, laissant peu de place à l’expression populaire. Ashok Beeharry et Ritvik Neerbun, journalistes à la MBC, déplorent que leur média ne se fasse pas l’écho des problèmes des citoyens à l’occasion d’un forum organisé par le MediaTrust ? La direction de la chaîne prend des sanctions contre eux.

À l’image des pressions qu’elle exerce en permanence sur ses journalistes, menacés de perdre leur place au moindre écart. « Vous pouvez être perçu comme anti-gouvernement en place simplement à travers des rumeurs véhiculées par on ne sait qui. Vous tombez en disgrâce du jour au lendemain et vous êtes au placard », confie un ex-journaliste de la MBC. Le journalisme est l’incarnation du décalage mauricien entre le peuple, prêt pour une vraie démocratie, et ses dirigeants qui rechignent à renoncer à leur pouvoir.

0 Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *