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L’Italie et la liberté de la presse : une progression en trompe l’oeil

Image CC Colomban Jaosidy/Horizons médiatiques.

Malgré sa percée dans le classement mondial de la liberté de la presse (Reporters sans frontières), l’Italie reste un pays parmi les plus hostiles aux journalistes en Europe. Entre les intimidations des organisations mafieuses et les appels de leaders politiques à boycotter certains journalistes, cette progression reste de façade dans un contexte de recul général à l’échelle mondial.

« La liberté de la presse n’a jamais été aussi menacée », constate Reporters sans frontières (RSF) dans son dernier rapport (avril 2016). Un bilan alarmant qui s’explique en parti par la montée de l’hostilité envers les médias « dans certains pays démocratiques importants » à l’image des États-Unis et du Royaume-Uni qui ont perdu des points.

L’inquiétude n’est cependant pas entièrement partagée de l’autre côté des Alpes où l’Italie a fait un bond au classement : +25 places.

Une belle percée au classement qui vient récompenser l’acquittement de plusieurs journalistes, parmi lesquels Emiliano Fittipaldi et Gianluigi Nuzzi, jugés lors du procès Vatileaks. Ces derniers avaient été condamnés pour s’être procuré des documents confidentiels au Vatican.

Pour autant la presse nationale ne se voile pas la face, cette progression au classement n’est que la partie émergée de l’iceberg. En effet, la profession est constamment mise sous pression.

Loi du silence

Dans son rapportReporters sans frontières dénonce des « intimidations verbales ou physiques, des provocations et des menaces » faites à certains journalistes. L’ONG déplore particulièrement des « pressions des groupes mafieux et des organisations criminelles » qui contraignent les journalistes au silence.

L’observatoire Ossigeno, un organisme indépendant charger d’évaluer la liberté de la presse dans le pays a recensé depuis 2006, 3213 cas de menaces proférées à l’encontre de journalistes depuis 2006. Rien qu’en 2016, ce sont 234 cas de menaces qui ont été rapportés à l’association.

Une situation particulièrement alarmante dans le sud du pays, fief des principales organisations mafieuses. Là-bas, plusieurs journalistes vivent sous protection policière. L’exemple le plus célèbre est celui de Roberto Saviano connu pour son ouvrage Gomorra et ses articles-chocs contre la mafia napolitaine.

Des personnalités politiques en croisade contre les médias

Outre les intimidations mafieuses, ce sont désormais les pressions de certains leaders politiques qui inquiètent.

A l’image du président américain, le leader populiste et eurosceptique Beppe Grillo appelle régulièrement à mener la guerre contre les journalistes à l’origine de « fausses informations ».

Irrité par quelques articles de presse, le chef du mouvement Cinq Étoiles n’hésite pas depuis quelques mois à communiquer publiquement l’identité des journalistes qui le dérangent.

En janvier dernier, sa proposition de créer « jurys populaires » pour recadrer les médias avait suscité un tollé dans tout le pays.

Avec une protection juridique très faible, les journalistes italiens disposent de peu de recours pour faire entendre leur voix. Pire encore, une série de lois votées l’an passé renforce la pression du pouvoir politique sur les journalistes.

L’Italie a encore du chemin à faire pour arriver au niveau des leaders européens, et cela passera nécessairement par une réforme de ses lois.

 

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