Océan Indien

Des journalistes blacklistés par un étranger sur le sol mauricien

Les journalistes sont bloqués sur le pas de la porte de la conférence. Image CC Pauline Michaud/Horizons médiatiques.

Il est déjà arrivé que des politiciens ou autres personnalités boycottent une partie de la presse, mais un étranger sur le sol mauricien, c’est une première. Quatre, c’est le nombre de médias invités à couvrir la conférence de presse organisée le 10 mars dernier par Alvaro Sobrinho, célèbre homme d’affaires accusé de multiples choses dont : fraude, blanchiment d’argent, abus de pouvoir et abus de confiance.

Des agissements troublants

La quinzaine d’autres journalistes venus assister à la conférence, sont quant à eux, persona non grata ; alors que cela fait des semaines que son nom suscite la polémique et que les journalistes attendent ses explications. « Veuillez vous mettre dans un coin pour laisser passer les invités » lancent les agents de sécurité. Après avoir longuement protesté devant les portes, auprès des services de sécurité de la personnalité, les journalistes ont dû se contenter d’écouter sa déclaration à la radio. Pour tenter de comprendre, il faut se pencher sur la raison donnée par Alvaro Sobrinho. Celui-ci déplore que la presse écrite a déjà trop parlé de lui. Il choisit donc de faire appel à la presse parlée. Mais alors pourquoi Ion News, pureplayer, fait-il partie des refoulés ? Cela reste un mystère…

Comment peut-on interdire l’accès à L’express (Maurice), quotidien le plus important de Maurice ? Il s’avère, en fait, qu’Alvaro Sobrinho a déposé plainte contre le titre pour avoir terni sa réputation. Il annonce également que la salle de conférence était trop petite pour y faire rentrer tout le monde. L’Angolais essaye de se justifier, tant bien que mal. Certains journalistes des médias autorisés, effarés par le ridicule de la situation, ont alors partagé leurs images de la conférence aux journalistes refoulés. Le plus troublant, tous les médias mauriciens ont reçu sa déclaration écrite par mail. Peut-être que monsieur Sobrinho a eu peur de trop faire parler de lui…une fois de plus.

Interdits d’entrée, les journalistes forcés d’écouter la conférence à la radio. Image CC Pauline Michaud/Horizons médiatiques.

Jour sombre pour la démocratie
Cet événement est arrivé seulement deux jours avant l’anniversaire de l’indépendance du pays et de la République. Difficile de ne pas rapprocher cet événement à la liberté d’information. En effet, évincer une partie de la presse revient à priver le public d’un certain pluralisme d’information. Le journaliste a pourtant ce devoir sacré d’informer la population sur ce qui se passe autour d’elle. Également, les médias ne travaillent pas pour faire la communication de certains. On ne peut donc pas sélectionner les médias en fonction de leurs opinions.

Cette affaire se rapproche inévitablement de Quotidien de Yann Barthès sur TMC, exclu régulièrement des événements du Front National car reprochant un traitement « militant » de son actualité. Son accréditation ainsi que celle du site d’information en ligne Mediapart pour les « assises présidentielles » de Marine Le Pen avaient été refusées en février dernier, à Lyon. Encore une fois, on a tenté de barrer la route aux journalistes pour les empêcher de faire leur travail.

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