Amérique du Sud

Le journalisme colombien, une affaire politique

Le président colombien, Juan Manuel Santos. Image CC Santiago Mesa.

De nombreux médias colombiens ont un lien plus ou moins distant avec des personnalités politiques, parfois aux dépens des journalistes. Ces derniers font régulièrement les frais d’entraves à leur travail par les dirigeants du pays. 

La liste des interventions de la part des hommes politiques dans le travail journalistique est interminable. Le 10 février dernier, le président Juan Manuel Santos a conseillé aux médias de donner des nouvelles plus positives, car tout le processus de paix était délaissé par ces derniers. « Quelque chose est en train d’arriver, il y a quelque chose que nous ne faisons pas bien pour que ces nouvelles d’espoir ne marquent pas l’esprit des colombiens » a-t-il déclaré lors de la remise des prix du Cercle des journalistes de Bogotá, l’une des principales associations de professionnels de l’information.

Le même jour, le journaliste d’investigation Pirry annonce que son retour dans la programmation de la chaîne RCN n’aura pas lieu. Des suspicions quant à l’implication du président du Sénat, Mauricio Lizcano, ont conduit la Fondation pour la liberté de la presse (FLIP) à dénoncer le cas devant la Cour suprême de justice « pour qu’elle enquête sur la possible implication, ou non, du sénateur Lizcano dans le délit d’abus d’autorité à des fins de censure ». Pour la FLIP, ce n’est pas une nouveauté, dans son rapport sur la liberté de la presse colombienne en 2016, cinq cas d’entraves commises par des politiques ont été référencés.

Des liens très étroits

De nombreux médias ont été fondés et sont encore gérés par des politiques et leurs proches. La maison éditoriale El Tiempo qui publie un quotidien national éponyme a vu passer de nombreux membres de la famille Santos. Le magazine d’opinion Semana est dirigé par le fils et petit-fils d’ex-présidents colombiens, Felipe López Caballero. Fernando Londoño, ancien ministre, dirige l’émission de radio La Hora de la Verdad et le quotidien El Mundo est dirigé par Irene Gaviria, fille et sœur de personnalités politiques. Les autres sont aux mains des hommes les plus riches du pays, des investisseurs qui n’hésitent pas à marquer leur soutien envers un candidat pendant les différentes élections.

Un enjeu de confiance 

Reporters sans frontières et la Fédération colombienne de journalistes (FELCOPER) ont mis en place le Moniteur de propriété des médias (MOM) pour mettre en lumière la hiérarchie qui compose chaque média du pays. La concentration des multiples médias dans les mains de quelques personnalités suscite l’inquiétude d’une part des citoyens quant au pluralisme de l’information et de l’opinion. Par le passé, les journalistes ont été accusés de prendre parti et servir le pouvoir dans le conflit avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) qui s’est officiellement achevé en 2016. Sur Twitter, l’opinion publique :

« En Colombie on a arrêté de faire du journalisme depuis longtemps, quand il n’est pas acheté par les entrepreneurs, il est avec le gouvernement. »

« En Colombie il y a une censure exercée par ceux qui ont du pouvoir, mais sans le journalisme on ne révélerait que peu de la pourriture qu’il y a. »

Les nombreux commentaires négatifs prononcés à l’encontre des médias depuis des décennies ont conduit à un profond questionnement qui se poursuit encore aujourd’hui : comment doit évoluer la profession ? Les journalistes organisent régulièrement des rencontres sur le positionnement du professionnel et son implication dans le processus de paix. La dernière en date ? Le Congrès journalisme d’opinion et paix organisé le jeudi 2 mars. Auparavant, un dictionnaire a été écrit pour « désarmer » le langage journalistique dans une quête de neutralité et légitimité.

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