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Facebook, juge et parti face aux enquêtes de la BBC

Image CC BY-SA Wesley Fryer.

Angus Crawford a recensé une centaine d’images relevant de la pornographie infantile diffusées via le réseau social. L’entreprise de Mark Zuckemberg a refusé de retirer ces images tout en dénonçant le journaliste de la BBC aux autorités.

L’histoire commence le 12 février 2016. Journaliste pour la BBC, Andrew Crawford lève le voile sur les échanges d’images pédopornographiques par des groupes privés, via Facebook. Un après cette enquête, la firme au pouce bleu affirme avoir lutté contre ces pratiques. Andrew Crawford reprend ses investigations. Il recense plus d’une centaine images explicites. « Des filles de 16 ans dans des poses “hautement sexualisées”, des diaporamas intitulés “Écolières xxxx sexys”, ou encore une image qui semble extraite de la vidéo d’un abus sexuel » rapporte le site de la BBC. Cette fois, il décide de traiter directement avec la compagnie californienne. Il mentionne ces contenus comme « inappropriés » à la firme.

Surprise : Facebook ne filtre pas toutes les requêtes du journaliste britannique. Seules 18 images sur une centaine sont retirées. Les autres « n’enfreindraient pas les règles » du réseau social. Pourtant, The New York Times révèle que, selon ces mêmes règles, la société américaine a dénoncé Andrew Crawford à l’agence nationale du crime britannique. « Quand la  BBC nous envoie des images, nous avons suivis les coutumes de notre industrie et les avons signalées. » s’est justifié Simon Miller, le directeur des politiques de Facebook au Royaume-Uni.

Le principal intéressé n’est pas privé de relever l’aspect contradictoire de cette décision. « Nous étions profondément convaincus que ce contenu n’était pas illégal puisque nous avons alarmé Facebook sur ce contenu et que leurs modérateurs ont indiqué qu’il ne violait pas les lignes directrices de la communauté.  » s’est exprimé Crawford dans un Facebook Live stream, cité par The Guardian.

Qui contrôle Facebook ?

Le plus inquiétant n’est pas la faille du système de modération de Facebook, mais la faille de sa défense. L’entreprise américaine s’assume à la fois juge et parti. Elle modère à l’envie les critères selon lesquels les contenus seront sanctionnés, et choisi l’application (ou non) de ces sanctions. Cette balance deux poids, deux mesures manque parfois de bon sens, comme l’ont montré les polémiques engendrées par la censure de l’Origine du monde de Gustave Courbet, ou la petite fille au napalm de Nick Ut par le réseau social.

Par ailleurs, cette position de toute puissance offre à Facebook l’occasion de remettre en cause le travail du journaliste. Non seulement Facebook n’a pas retiré toutes les images, mais elle a directement livré le journaliste aux autorités, sans accepter une interview. Facebook snobe ainsi le travail d’enquête de la BCC. La crainte de finir sous les verrous et les répercussions minimes de ces révélations pourraient dissuader la presse de mener de futures investigations.

Une investigation menée par le comité britannique des la Culture, de Media, et du Sport

Il est difficile pour Facebook de s’arroger d’une responsabilité dans la circulation  d’images relevant de la pornographie infantile via son réseau social. Le comité britannique de la Culture, des Media, et du Sport a donc greffé cet évènement, à une large enquête sur le rôle de la multinationale dans la diffusion de fake news. Le député Damian Collins, président du comité, a qualifié d’« extraordinaire »  que la BBC ait été mise en cause alors qu’elle tentait de « nettoyer le réseau social. ». Facebook rencontre une autorité devant laquelle répondre de ses actes. 

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