Asie du Sud-Est

Cambodge : quand Donald Trump justifie la censure

Image CC BY-SA Romane Dubrulle/Horizons médiatiques.

Le 25 février, le porte-parole du gouvernement cambodgien, Phay Siphan, a menacé de briser les institutions médiatiques qui mettraient en danger la « paix et la stabilité » du pays. Ce dernier a justifié ses propos par la position anti-média dans laquelle se place Trump depuis le début de sa campagne.

Pour la première fois, un gouvernement étranger légitime ses mesures répressives contre les médias en érigeant Donald Trump en exemple. Désormais, selon Tom Malinowski, ancien adjoint au secrétaire d’État américain pour la démocratie et le travail, « tous les dictateurs qui voudront interdire des médias qu’ils n’aiment pas pourront dire “Trump l’a fait, alors pourquoi je ne pourrais pas ?” ».

L’ordre comme priorité

C’est dans un post Facebook que le porte-parole du gouvernement écrit : « l’interdiction de Donald Trump aux géants des médias internationaux… envoie un message clair que le président Trump comprend que les nouvelles publiées par ces institutions médiatiques ne sont pas le reflet de la situation en réalité. » L’interdiction aux médias dont il est ici question fait référence à ce qui s’est produit à la Maison-Blanche la veille.

Plusieurs médias, dont le Guardian, le New York Times, Politico, CNN, BuzzFeed, la BBC, le Daily Mail se sont vu refuser l’entrée à la conférence de presse du porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer. Les médias conservateurs ont, eux, assisté à la conférence caméra éteinte. CBS, Fox News, le Washington Times étaient notamment présents. Quelques jours auparavant, le président américain avait répété ses attaques contre les « fausses informations » et désigné certains médias comme « ennemis des Américains ».

Lors d’un discours à Phnom Penh, le Premier ministre cambodgien Hun Sen, au pouvoir depuis trente ans, a réaffirmé les propos de son porte-parole. S’inspirant du constat de Donald Trump, tous deux observent les limites de la liberté d’expression. Celle-ci devrait « respecter la loi et l’autorité de l’État. » Hun Sen considère que les droits de l’Homme « détruisent la nation ». « Les gens ne parlent que des droits, mais ils ne mentionnent pas la paix et la stabilité ». Cette rhétorique est utilisée par le gouvernement depuis la fin de la guerre civile.

Une censure de longue date

Ces nouvelles menacent interviennent dans un cadre répressif qui se durcit à l’approche des élections municipales en juin 2017 et des législatives en 2018. En février a été adopté un projet de loi visant à accorder davantage de pouvoir à la cour suprême, celle-ci peut désormais dissoudre les partis politiques plus facilement. Ces derniers mois, des dizaines d’opposants et de défenseurs des droits ont été arrêtés.

Reporters sans frontières place le Cambodge au 128e rang sur 180 dans son classement pour la liberté de la presse. Selon l’ONG, l’État contrôle indirectement les médias et les surveille étroitement. La diffamation, notamment si elle porte atteinte à l’image du pays, est souvent utilisée pour accuser les médias d’opposition.

Chak Sopheap, directrice du Centre pour les droits de l’Homme au Cambodge, établit le même constat : « ceux qui disent la vérité sur le pouvoir sont régulièrement menacés ou pris pour cible, et cette situation semble se détériorer. Le mépris de Trump pour les médias est probablement regardé avec intérêt par les autocrates à travers le monde. »

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