Asie du Sud-Est

Arnaud Dubus : « si on retire [les correspondants de presse] du paysage ça fait autant de diversité en moins »

Arnaud Dubus.


Arnaud Dubus est correspondant indépendant en Thaïlande depuis 28 ans. Il couvre l’actualité économique, politique et culturelle en Asie du Sud Est pour RFI, Libération, Le Temps, TV5 Monde, Le Parisien et Marianne. Sa génération est probablement la dernière à exercer ainsi. Le journaliste s’inquiète quant à l’avenir de sa profession.

Quel est le quotidien d’un correspondant français installé en Thaïlande ?

On est en permanence à la recherche de sujets, il faut donc lire les médias en anglais et en thaï. Ensuite, pour la réalisation du reportage, on essaie d’identifier des interlocuteurs pertinents. On construit l’histoire tout en ayant suffisamment d’éléments pour faire un article intéressant. Aujourd’hui il y a un problème qui existait un peu moins avant, concernant le financement des reportages, le journaliste doit prendre à sa charge une partie des frais. Souvent, je propose des sujets, mais j’ai aussi des demandes des médias. C’est important de partir rapidement, car le journal peut vite passer à autre chose.

Quelles difficultés peut rencontrer un correspondant de presse à l’étranger ?

La première difficulté c’est d’avoir un volume suffisant d’articles pour en vivre. Aujourd’hui c’est de plus en plus difficile, il faut vraiment être persévérant. Il faut passer un certain temps à apprendre sur le pays, à connaître les gens, et c’est uniquement au bout de plusieurs années que l’on peut travailler de manière efficace. Au plus longtemps on reste, au plus on construit des réseaux parmi les politiciens, les journalistes, etc. Sur n’importe quel sujet on peut alors identifier des interlocuteurs.

Avez-vous besoin de multiplier les supports pour vivre de votre métier ?

On est payé à l’article donc oui, je suis obligé de jongler avec différents médias. Une fois qu’on a l’idée du sujet, on le propose à un média, puis à d’autres et si on arrive à le vendre trois ou quatre fois alors on part. Là, par exemple, je fais un reportage au Myanmar pour Le Parisien, mais je vais aussi le faire pour RFI et France Inter. Je suis aussi fixeur pour la télévision et j’écris des livres.

Selon vous, quel avenir pour le métier de correspondant à l’étranger ?

Je pense que l’avenir c’est de se spécialiser et de travailler pour des organismes qui ne sont pas des journaux, par exemple des agences gouvernementales. J’ai l’impression que je fais partie de la dernière génération des correspondants free-lance indépendants, surtout en presse écrite et en radio. Je pense qu’ensuite il y aura des correspondants comme au Monde, payés par la rédaction, mais il n’y en aura presque plus d’indépendants, car matériellement cela deviendra trop difficile.

La disparition des correspondants de presse pourrait-elle réduire la qualité de l’information ?

À mon avis oui complètement ! Si dans un pays comme la Thaïlande, il n’y a que l’AFP et un correspondant au Monde, c’est un peu pauvre. Je travaille de la même manière, mais c’est clair que si on est deux, il y a deux fois plus de bonnes idées. Nous, on est toujours à la recherche de sujets originaux et on est sur le terrain à faire des interviews. Si on nous retire du paysage, ça fait autant de diversité en moins.

 

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