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Les journaux célèbrent un jour sans meurtres à El Salvador

Capture d’écran du site du New York Times.

Mercredi 11 janvier 2017 : pour la première fois depuis deux ans, aucun assassinat n’a été commis sur le territoire salvadorien. Les journaux nationaux et internationaux annoncent la nouvelle comme un évènement hors du commun. Il faut dire que les 11 jours précédents, autrement dit les 11 premiers jours de l’année, 99 victimes de meurtre ont été recensées à Salvador.

La nouvelle passe pourtant inaperçue pour une grande partie de la population, soit par manque de couverture médiatique, soit par manque d’intérêt : « je me suis déjà habitué aux meurtres. J’y m’intéresse beaucoup moins ; j’essaye juste de m’éloigner des problèmes », raconte Manuel Tejada, un homme de 60 ans, à AP.

Une nouvelle moins signifiante au niveau local

Dans un contexte journalistique où plusieurs crimes sont traités par jour, l’absence de crimes pendant 24 heures fait évidemment nouvelle. Cependant, l’importance accordée à celle-ci n’est pas la même partout dans le monde.

Tandis que de grands journaux internationaux comme The Guardian, le Washington Post, Le Monde et The New York Times évoquent ce fait comme un évènement d’importance majeure, El Diario de Hoy, le journal le plus lu dans le pays, ne publie qu’une simple brève. D’autres journaux locaux racontent la nouvelle, mais sous forme de commentaire. Ainsi, pendant que l’évènement faisait le tour du monde, ce dernier a été beaucoup moins important au niveau local.

Un traitement particulier du « fait divers »

Crimes, affaires judiciaires, corruption, sécurité et délinquance font l’actualité dans le pays. Ceci a conduit à une politisation du fait divers, où les faits criminels ne se traitent pas comme de simples « faits divers », mais prennent une dimension plus politique.

Affirmer que la sécurité s’améliore dans le pays, avec un taux d’homicide en baisse, c’est affirmer que le gouvernement est en train de faire un bon travail. En revanche, se concentrer sur l’insécurité et l’inefficacité de l’État pour lutter contre les groupes de gangs armés connus comme les Maras, c’est affirmer le contraire. Il arrive que les deux journaux plus importants du pays, qui contrôlent plus ou moins le flux de l’information, possèdent une ligne éditoriale traditionnelle de droite, alors que le gouvernement est socialiste.

Il existe donc une sélection de l’information, ainsi qu’une hiérarchisation des faits qui n’est pas la même à l’échelle internationale. Les journaux internationaux considèrent qu’il est important de souligner ce « progrès », tandis que d’autres dans le pays préfèrent en parler peu ou très peu. Dans un contexte ou les « mauvaises nouvelles » sont si courantes, les journaux essayent d’équilibrer l’information avec des soft news, dont la place augmente considérablement.

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