Europe

Suisse : la presse écrite en danger ?

Principaux journaux de Suisse romande, dont le dernier numéro de L’Hebdo.

L’Hebdo a paru une dernière fois dans les kiosques de Suisse romande le 3 février. Sa disparition s’ajoute à la longue liste d’actualités relatant le dégraissage des médias helvètes. La presse écrite suisse vivrait-elle ses dernières années ?

Ce premier vendredi de février, l’ambiance est morose dans les rédactions de Suisse romande. On pense aux collègues de L’Hebdo qui, la veille au soir, ont bouclé leur dernier numéro. La question est la même sur toutes les lèvres : sera-t-on les prochains ? Le clap de fin de L’Hebdo a surpris : si on connaissait ses difficultés financières, ses 171 000 lecteurs semblaient constituer un bon atout.

Pour comparaison, le quotidien la Tribune de Genève en compte 110 000 et l’hebdomadaire L’Illustré319 000. Annoncée le 23 janvier, la décision du groupe Ringier se justifie par une baisse des revenus publicitaires, « de plus de moitié ces quatre dernières années ». Elle touche également Le Temps, du même groupe. Jeudi 16 février, la RTS annonce que trente-six collaborateurs perdront leur emploi, en tout.

Ce n’est pas sans rappeler l’importante suppression de poste au sein du groupe Tamedia, fin septembre. Douze employés de la Tribune de Genève et de 24 heures ont été licenciés suite à la baisse du chiffre d’affaires publicitaire. À la même époque, Arthur GrosJean relate dans 24 heures la controverse à propos d’un possible financement de la presse par l’État, pour l’instant inexistant. Si certains sont en faveur d’une telle mesure, le chemin à parcourir pour y arriver est encore long. Une chose est sure : la presse écrite suisse ne peut pas survivre sans l’apport financier de la publicité, sa principale source de revenus, avec les abonnements.

Le mot de la fin de L’Hebdo

L’ultime numéro de L’Hebdo se fait l’écho de réflexions autour de l’avenir du journalisme en Suisse : « viviers de nouveaux métiers, les médias doivent pouvoir fonctionner comme des laboratoires de la médiation de l’information, de l’image et du récit, quel que soit le support » y clame Isabelle Falconnier, ex-journaliste de L’Hebdo. Elle pointe l’importance des suppléments, une alternative aux outils numériques pour le sauvetage de la presse.

Capture d’écran de la page d’accueil de T, le jour de son lancement.

Le Temps lance justement un magazine lifestyle deux semaines plus tard. Consacré au bien-être, au voyage et à l’esthétique, T doit permettre d’attirer les annonceurs publicitaires. Le quotidien de référence en Suisse romande n’est pas le seul à emprunter cette voie : les journaux du groupe ESH Médias proposent tous une rubrique lifestyle sur leur site internet. Pour Isabelle Falconnier, ce type de contenu permet de créer un paysage culturel dont « la presse […] fait naturellement partie ». Elle rajoute d’ailleurs que les formats imprimés ne seront pas amenés à disparaitre s’ils se renouvèlent via les suppléments. En Suisse, le papier semble donc décidé à faire de la résistance.

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