Océan Indien

Maurice attend toujours son Freedom of Information Act

Capture d’écran du compteur des jours sans FOIA sur le site de L’Express.

787 jours, 18 heures, 11 minutes et 50 secondes. C’est le temps écoulé, à l’heure de la rédaction de cet article, sans que le gouvernement mauricien n’ait fait le moindre pas vers l’instauration d’un Freedom Of Information Act (FOIA). En somme, sans qu’il ne soit donné aux journalistes le moyen de faire leur travail.

Axcel Chenney, journaliste à L’Express de Maurice, est à l’initiative du compteur installé sur la page d’accueil de la version en ligne du journal. Promise durant la période de campagne, l’adoption d’une loi sur le droit à l’information a disparu des agendas, une fois la nouvelle alliance politique au pouvoir. Dans l’article qu’accompagne ce décompte, le journaliste demande que l’information ne demeure pas « l’exclusivité d’une poignée de privilégiés ».

La clé pour des informations précieuses…

Car l’objectif d’un FOIA est de lever le voile sur toutes les informations dont disposent les institutions publiques. Puisque celles-ci sont censées être au service du citoyen, leur fonctionnement et leurs agissements relèvent de l’intérêt général. Ainsi, une fois le FOIA instauré, si un journaliste se voit refuser l’accès à des informations par le gouvernement, il peut protester en faisant appel à la justice. En bref, une telle mesure libèrerait l’accès à un nombre incroyable de données, que pourraient analyser et exploiter les journalistes pour remplir leur rôle d’information du public.

À titre d’exemple, le journaliste de L’Express livre ce cas :

Au Nigeria — qui dispose d’un FOIA depuis 2011 — un journaliste s’est intéressé à l’absentéisme dans les écoles. Il a demandé toutes les informations relatives aux établissements. Il a ensuite croisé les données pour obtenir un résultat étonnant : les filles s’absentent massivement quand leur établissement n’est pas équipé de toilettes adéquates. Le gouvernement a depuis commencé un programme pour rehausser les infrastructures sanitaires pour combattre l’absentéisme chez les adolescentes.

…jalousement gardée par les politiques

À première vue, les journalistes mauriciens jouissent d’une certaine liberté d’expression : on trouve dans les pages de leurs journaux nombre d’articles peu flatteurs pour le gouvernement, tribunes accusatrices et tons satiriques. Cette liberté leur est garantie par l’article 12 de la Constitution, qui déclare que « personne ne doit être empêché d’exprimer et de recevoir des idées et des informations ». Pourtant, et contrairement à 105 pays selon l’ONG Article 19, Maurice ne dispose d’aucune loi sur le droit à l’information. Si un journaliste se voit refuser l’accès à des documents qu’il juge d’intérêt public, il n’a aucun recours.

Une lacune dans la législation sur les médias dont les politiques font bon usage : « des mesures strictes ont été prises pour verrouiller l’information officielle », déplore le journaliste Raj Meetarbhan dans un édito. Il semble que les politiques tolèrent les piques des journalistes, tant que ceux-ci sont tenus dans l’ignorance des secrets des coulisses du pouvoir. Et vu les scandales qui agitent la scène politique, ils doivent être nombreux… « Une culture du secret », comme la définit la politologue Catherine Boudet, qui contraste avec le soi-disant modèle démocratique que représente le pays. Et face à laquelle, impuissants, les journalistes ne peuvent que regarder ce compteur tourner.

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