Europe

Euronews : une image, treize voix… et puis Next

La newsroom d’Euronews. Image CC BY-NC-SA Marika Dimitriadi/Horizons médiatiques.

« Une image, treize voix » : c’est le principe fondateur d’Euronews. La chaine diffuse la même vidéo dans le monde entier, mais chaque service local rédige son propre texte, dans l’une des treize langues du réseau. Un système de production et de diffusion qui distingue la chaine paneuropéenne depuis 23 ans, mais est aujourd’hui remis en cause.

Euronews accumule les dettes. La direction a décidé de réagir en présentant le projet « Next », censé stopper l’hémorragie. Quels changements ? Avant tout, la fermeture du service ukrainien et la diffusion des services arabe et persan sur internet uniquement. La rédaction turque, elle, a appris que son actionnaire TRT ne voulait plus financer son développement, ce qui la condamne sans doute à la fermeture d’ici à la fin de l’année 2017.

Au-delà… les journalistes de la chaine eux-mêmes n’en savent trop rien, alors que ce projet doit monter en puissance dans les prochains mois. Une chose est sure : le fonctionnement de la chaine va être profondément modifié, jusqu’à toucher le principe d’« une image, treize voix ». Aujourd’hui, la newsroom fonctionne en trois temps :

  • un chef d’édition d’un shift produit une vidéo à partir des images fournies par les agences de presse (Reuters, AFP, EFE, ITAR-TASS) ou par les partenaires-actionnaires (France Télévisions, RAI, VGTRK…) ;
  • il organise ensuite une réunion avec autant de journalistes qu’il y a d’équipes linguistiques, expliquant le sujet et montrant la vidéo ;
  • à partir de leur propre travail de recherche sur le sujet, les journalistes écrivent alors le texte de chaque édition locale, et mixent leur « version » de la vidéo.

La réunion. Le chef d’édition attend des journalistes hongrois (basés à Budapest) et grecs (basés par Athènes), qui participent par Skype. Image CC BY-NC-SA Marika Dimitriadi/Horizons médiatiques.

Avec le projet « Next », chaque rédacteur réalisera son propre reportage, et les vidéos mises en commun devraient donc devenir l’exception plutôt que la règle. La direction estime qu’Euronews pourra ainsi produire des contenus plus adaptés aux différents pays où la chaine est diffusée. Un journaliste du service russe, qui souhaite rester anonyme, doute de la pertinence de ce placement face à d’autres chaines internationales :

« Euronews veut fonctionner comme CNN ou Russia Today. Mais ces grandes chaines ont un réseau très large d’envoyés spéciaux dans le monde entier, capables de créer du contenu très local. Euronews ne peut pas se le permettre : cela coute très cher, alors que le but du projet “Next” est d’économiser ».

Critiqué ou pas, ce changement semble irrémédiable : les journalistes sont invités à suivre des formations en montage et en techniques du web. Le grand bateau vert tangue sur les bords de la Saône, mais reste — pour le moment — à flots.

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