Europe

Charlie Hebdo : la vignette de trop pour l’Italie

Le 18 janvier dernier, 29 personnes ont perdu la vie au cœur des Abruzzes italiennes. Un nouveau séisme a frappé le pays et provoqué une avalanche sur l’hôtel Rigopiano : de nombreuses personnes sont restées bloquées pendant plusieurs jours. Un lourd bilan qui a attristé le pays entier et ému au-delà des frontières italiennes, les conditions de survie et de secours ayant été particulièrement éprouvantes en cette rude période hivernale. Charlie Hebdo, fidèle à sa ligne éditoriale et son sens de l’humour grinçant, a couvert l’évènement de manière beaucoup plus légère.

Alors que les opérations de secours étaient encore en cours au lendemain de l’évènement, la vignette publiée sur la page Facebook de Charlie Hebdo s’est attiré les foudres des Italiens. Le journal satirique français avait déjà choqué avec un dessin représentant les victimes du séisme qui avait Amatrice en aout dernier sous la forme d’un plat de pâtes sanguinolent. Cette vignette, dans laquelle la faucheuse dévale une pente enneigée en disant « y’en aura pas pour tout le monde », a été comme la goutte qui fait déborder le vase.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Mara Carfagna, figure politique et ancienne ministre, déclarait au journal Tempi : « on ne peut exercer le droit de pouvoir tout dire et tout faire, sur la peau de personnes qui sont mortes, au nom de la défense de la satire » ou encore : 

Charlie Hebdo a offensé pour la deuxième fois un peuple mis à terre par le tremblement de terre. Le journal l’a fait sans remords à un moment où de nombreuses familles attendaient encore des nouvelles de leurs proches. Il l’a fait au nom du droit de la satire, de la liberté d’expression et de la liberté de la presse. Tout ceci est inacceptable. Non pas pour ces libertés garanties par la Constitution, pour lesquelles nous nous battons et que nous défendons toujours avec force, car ces piliers d’une société moderne et démocratique sont encore un sujet de débat. La vignette est inacceptable, car Charlie Hebdo ne fait pas de satire, mais seulement de l’ironie macabre travestie en liberté.

Au-delà des politiques, de nombreux Italiens se disent choqués et blessés par cette vignette sur les réseaux sociaux. Le dessin de Charlie Hebdo a été repris et détourné de nombreuses fois, comme cette version très partagée où un secouriste devance le personnage macabre, réalisé par l’artiste Ghisberto. Le syndicaliste de la ville d’Amatrice a même créé un album photo Facebook pour recueillir des vignettes de riposte, « les vignettes pour la vie ».

Les crayons de Charlie Hebdo continuent de s’exprimer coute que coute, d’attirer les foudres de ce qu’ils peuvent toucher au risque que le message soit pris pour national et général. La satire du journal français continue de provoquer et ne semble pas s’essouffler malgré les menaces et critiques, au nom de la liberté de la presse.

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