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Lirelactu.fr : la patte miLibris

Capture d'écran de Lire l'actu. Image Horizons médiatiques.

Capture d’écran de Lirelactu.fr. Image Horizons médiatiques.

D’après Najat Vallaud-Belkacem, lirelactu.fr a pour vocation de permettre aux élèves de différencier l’information de la désinformation. La sélection des titres à disposition — « mis à disposition de l’Éducation nationale par la société miLibris » — est discutable.

La plateforme lirelactu.fr a été lancée à la rentrée 2016 par le ministère de l’Éducation nationale. Ce kiosque en ligne, destiné aux collèges et lycées, permet aux élèves d’avoir accès à treize titres de presse depuis le réseau de leur établissement. Le choix, dix titres français (Challenges, Courrier International, L’Humanité, La Croix, Le Figaro, Le Monde, Le Parisien, Les Échos, Libération, Sciences et Avenir) et trois titres étrangers (El PaísLa VanguardiaNY Daily News), est à la discrétion du ministère.

Interrogé par nos soins, le service de presse de Najat Vallaud-Belkacem ne s’est pas estimé compétent pour répondre aux questions sur le sujet. Pourtant, il aurait été intéressant de savoir sur quels critères ces quotidiens, hebdomadaires et mensuels ont été choisis. Ce sont « des titres de presse qu’ils n’ont pas l’habitude de lire », « sélectionnés par le ministère », si on en croit les seules explications données par l’Éducation nationale à ce sujet.

70 % des titres proposés utilisent miLibris

En s’intéressant d’un peu plus près aux contenus proposés par lirelactu.fr, on s’aperçoit que neuf des treize titres en question en ligne sur la plateforme, collaborent avec l’entreprise miLibris. Cette société, fondée en 2009, se définit comme une « plateforme d’intermédiation évolutive — entre fournisseurs de contenu et portails de vente — dédiée à la presse et aux livres en version numérique ». Dirigée par Guillaume Monteux, elle était en 2013, selon Les Échos, utilisée par 80 % de la presse française. Et désormais par le gouvernement.

Difficile alors de ne pas imaginer un lien direct entre le choix des titres de presse proposés sur le kiosque en ligne, et le partenariat avec miLibris. Passe encore pour les journaux français, puisque « seulement » six sur dix utilisent miLibris pour proposer leurs contenus en ligne (manquent Le Monde, L’Humanité, et La Croix, ainsi que Libération, dont la maison-mère loue toutefois les services de miLibris). La donne est différente pour les trois quotidiens étrangers : tous travaillent avec l’entreprise française.

miLibris : prestataire, ou donneur d’ordre ?

Il n’est pas ici question d’accuser le ministère de clientélisme, mais de questionner la manière dont le tri des médias écrits a été effectué. La réalisation d’un tel projet n’est jamais aisée, comme l’a soulignée Najat Vallaud-Belkacem sur le plateau de « La Nouvelle Édition » de C8, le 12 septembre : « je remercie tous les médias qui ont accepté de nous suivre, car pour eux, mettre en accès gratuit, ce n’était pas rien ». Mais au-delà de titres aussi importants que Le Monde et Libération, le gouvernement a-t-il vraiment été acteur de ce choix, ou s’est-il reposé sur une solution clé en mains fournie par et mettant en avant les clients de miLibris ?

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