Europe

Charlie Hebdo : le pari de l’Allemagne

Graffiti en hommage aux victimes de l’attentat perpétré contre Charlie Hebdo, le 18 janvier 2015 à Poitiers. Image CC ID Number THX 1139.

Charlie Hebdo a posé ses cartons de l’autre côté du Rhin. Depuis le 1er janvier, les Allemands peuvent feuilleter le journal satirique dans la langue de Goethe. 

7 janvier 2015 : douze victimes du terrorisme dans la salle de rédaction d’un journal satirique, et « Je suis Charlie » devient le slogan de tout un pays. Du monde, même : le numéro « des survivants » du 14 janvier 2015 s’exporte dans de nombreux pays, dont l’Allemagne, où il s’écoule à 70 000 exemplaires. Le succès des ventes du n° 1178 donne l’envie à Charlie de s’expatrier du côté de Berlin. L’engouement qui a suivi les rencontres avec les dessinateurs et les mouvements de solidarité organisés en Allemagne fait le reste. Un an plus tard, la première version allemande de Charlie sort dans les kiosques.

Merkel tour à tour dénudée, en choucroute ou en voiture 

Exit le cocorico, place à la choucroute. Plus qu’une traduction de son voisin français, l’exemplaire allemand de Charlie est une véritable adaptation locale. Certes, le Charlie allemand comprend le même logo, les mêmes rubriques, les mêmes plumes et les mêmes crayons. Toutefois, un cahier entier y est dédié aux caricatures d’Angela Merkel, tour à tour dénudée, assaisonnée en choucroute ou transformée en Trabant, la voiture culte de l’Allemagne de l’Est. Pour l’occasion, Riss a également dessiné ses excursions à Hambourg et Berlin. Slate note même la référence allemande du titre du reportage : « qui vit heureux en Allemagne ? » renvoie au célèbre dicton « Wie Gott in Frankreich leben » (« vivre comme Dieu en France »).  

Le principal défi de la rédaction de Charlie était de s’adapter à la culture allemande, tout en respectant l’esprit du journal satirique français. « On a commencé à repérer quelques signatures outre-Rhin, mais ce n’est pas parce qu’un dessinateur est allemand […] qu’il va se retrouver dans Charlie Hebdo » explique la rédactrice en chef de la version allemande, Minka Schneider, dans un entretien à Télérama. « Les ressorts humoristiques peuvent fonctionner sur un esprit allemand, après il faut apprendre à connaître les codes de la vie politique et de la vie culturelle en Allemagne » ajoute Riss, rédacteur en chef de la version française, dans un entretien avec l’AFP.

Charlie Hebdo suit les pas de Geo ou d’Arte

En réalité, la recette biculturelle n’est pas nouvelle : l’attelage franco-allemand est aussi une affaire de médias. L’exemple le plus évident est sans doute celui d’Arte, qui réunit depuis 1992 les téléspectateurs français et allemands autour d’une seule et même chaîne bilingue et biculturelle. Mais dès 1976, Axel Ganz adaptait le magazine allemand Geo en français : un an plus tard, le magazine de reportage du groupe Prisma fédère 200 000 abonnés.

Attirer un public étranger est une stratégie commerciale d’autant plus justifiable que certains sujets dépassent les frontières nationales, comme l’environnement, les paradis fiscaux ou encore le terrorisme. Parmi ces nombreux sujets communs, le Charlie allemand s’intéressera de près à la laïcité, au blasphème, et à la religion. Sujets sensibles mais dont « le point de vue de Charlie sera bénéfique pour les Allemands », promet Minka Schneider.

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