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« C’est quoi, un bon directeur de l’information ? » : interview de Loïc de La Mornais (France 2)

Immeuble de France Télévisions (crédits photo Patrick Janicek)

Immeuble de France Télévisions. Image CC Patrick Janicek.

 

Polémique sur le nom de la future chaîne d’informations en continu du groupe, résistance face à la fusion des rédactions de France 2 et France 3Michel Field, le directeur de l’information de France Télévisions, semble dans la tourmente. Près des deux tiers de ses journalistes ont voté une motion de défiance à son encontre : que se passe-t -il quand on est désavoué par son personnel ? Loïc de La Mornais, correspondant de France 2 au bureau de Londres et ancien président de la société des journalistes de la chaîne, répond à nos questions.

Peut-on diriger une rédaction quand on n’a plus la confiance de ses journalistes ?

On peut tout à fait diriger une rédaction d’un point de vue technique et légal, malgré une motion de défiance. C’est avant tout une arme qui a un impact moral, sans valeur juridique. Un directeur de l’information désavoué qui reste à son poste, on l’a déjà vu dans le passé. C’est juste beaucoup plus difficile de travailler avec une équipe où il n’y a plus de respect et moins de reconnaissance. Ce n’est pas comme ça qu’on obtient les meilleurs résultats.

Est-ce qu’il y a un management particulier à adopter avec les journalistes ?

Oui, et à titre tout à fait personnel, je pense que c’est ce que découvrent les nouvelles générations de patrons, à la tête d’empires audiovisuels comme Delphine Ernotte ou Vincent Bolloré. Ce matin je lisais par exemple dans la presse que Bolloré se plaignait d’être constamment critiqué pour avoir viré 20 personnes à Canal+, alors que dans une boîte normale de 8 000 personnes ça serait passé inaperçu. Mais ça se passe comme ça dans les médias. Les journalistes sont par définition des gens qui ouvrent leur gueule, qui parlent, qui répètent. Les fuites dans la presse, c’est une partie de leur métier, donc les patrons ne devraient pas être surpris.

Et puis ce sont des milieux qui sont tellement consanguins avec le pouvoir… Les journalistes politiques, particulièrement, ne sont pas des salariés comme les autres, car ils ont des leviers et des réseaux puissants. Par définition ils rencontrent au quotidien des députés, des lobbyistes, des patrons du CAC 40. Alors forcément, ils travaillent avec de nombreux interlocuteurs. C’est comme ça que Michel Field s’est attiré des ennemis. Il est notamment accusé d’avoir été nommé pour faire réélire François Hollande en 2017.

C’est quoi un bon directeur de l’information, alors ?

La personne doit avoir une certaine légitimité dans le journalisme. Elle doit être au-dessus de toi en termes d’expérience, sinon l’autorité est mal perçue. Michel Field a cette qualité, mais dans le journalisme politique et parisien. Peut-être qu’aujourd’hui il serait intéressant d’aller chercher des profils venant du web, du terrain ou même de province.

Mais pour être directeur de l’information, il ne faut pas être seulement journaliste, il faut être manager, car il y a des milliers de salariés à gérer. Il y a des enjeux de ressources humaines, de rapports de force avec les syndicats, l’actionnaire… À la base ce n’est pas ce qu’on nous apprend en école donc la tâche est d’autant plus difficile. Il faut un certain courage.

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