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Procès Bastamag : partager un article va t-il devenir un délit en France?

Image CC Copyleft.

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Le 11 février dernier, neuf journalistes et blogueurs ont été poursuivis par le groupe Bolloré devant le Tribunal correctionnel de Paris pour diffamation. Ils ont écrit ou partagé un article publié sur Bastamag accusant le groupe Bolloré de s’accaparer des terres en Afrique. Le procès pose la question du droit à l’information, mais aussi de son partage sur internet. Ce principe fondamental du journalisme en ligne est-il menacé ?

Six journalistes et trois blogueurs sont actuellement poursuivis par le groupe Bolloré pour diffamation. Les faits reprochés concernent la rédaction ou le partage de l’article « Bolloré, Crédit Agricole, Louis Dreyfus : ces groupes français, champions de l’accaparement de terres », publié en octobre 2012 par Bastamag. Sur le banc des accusés, on retrouve trois journalistes de Basta!, leur directeur de publication et celui de Rue89, une journaliste ayant publié le lien de l’article sur Scoop.it, et enfin deux blogueurs.

Peut-on encore critiquer et informer sur les multinationales en 2016 ? Une autre question préoccupe les journalistes français en ce début d’année. Existe-t-il encore une liberté d’information sous le contrôle de Vincent Bolloré ? Son avocat, Olivier Baratelli, recense douze à treize propos relevant de l’infraction pénale. Huit paragraphes ainsi que le titre et le sous-titre sont considérés comme diffamatoires. L’avocat dénonce même des « raccourcis scandaleux ». Parmi les entreprises citées dans cet article, on retrouve Socfin, une société de holding luxembourgeoise, dont Vincent Bolloré est actionnaire à 38,75 %.

De son côté, Pierre Haski, directeur de la publication du site Rue89, poursuivi pour avoir partagé cet article, a déclaré : « il y a une autocensure aujourd’hui dans la presse française sur Bolloré, qui est due au bombardement judiciaire auquel nous sommes soumis. » Une chose est sûre, Vincent Bolloré n’en est pas à son premier coup d’essai : Bastamag, était en effet déjà dans le viseur de l’homme d’affaires pour une première plainte en diffamation pour une brève sur le même sujet.

Le partage : l’essence même du journalisme en ligne

Ce procès inédit met en lumière une sanction nouvelle liée aux pratiques journalistiques. En effet, dans cette affaire Bastamag, des internautes sont accusés d’avoir commis un délit pour le simple fait d’avoir partagé l’article en question. Rappelons que le partage est l’essence même du journalisme en ligne, qui conduit même parfois à des débats entre le rédacteur et la communauté du média. Enfin, si le partage de l’information est amené à disparaître progressivement, les journalistes seront alors privés de leur travail de veille informationnelle.

https://www.youtube.com/watch?v=O9dOhShPR6U

Par ailleurs, face à la 9e fortune de France, Bastamag peut-il espérer gagner une audience qui s’apparente à un combat David contre Goliath. Rappelons que Vincent Bolloré contrôle dans un premier temps la production de l’information, puis sa création avec des émissions sur Canal + par exemple.

Enfin, si l’issue du procès lui est favorable, le groupe Bolloré ferait un pas supplémentaire (ou de trop pour certains) dans son intégration verticale dans l’industrie des médias. Et avec cet éventuel contrôle sur le partage de l’information, nous pouvons nous interroger sur l’avenir des pratiques journalistiques. Jugement le 7 avril prochain.

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