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Le breaking news à l’africaine existe-t-il ?

Capture d'écran du site de la RTB

Capture d’écran du site de la RTB, média national au Burkina.

 

On est le 15 janvier 2016. Il est un peu moins de 20 heures au Burkina Faso. On est à Ouagadougou. Des touristes se reposent dans leur chambre tandis que des photographes profitent de la connexion Wi-Fi d’un restaurant. Et puis soudain, des terroristes arrivent.

Mode opératoire banal : arriver quand on s’y attend le moins, et de préférence dans un pays étonnamment préservé. Surprendre pour semer la terreur. L’effet est efficace, il fait le beurre des médias et des détenteurs de smartphones qui ont le sentiment d’être témoins de l’Histoire pour une journée, ou quelques heures. Tout dépend du nombre de journalistes présents sur les lieux du crime. Car à défaut d’images professionnelles, les chaînes d’informations se satisferont d’abord de vidéos amateurs, chargées sur YouTube entre deux coups de feu.

RFI, dont le correspondant est déjà sur place lors de l’attaque, crée un bandeau d’alerte quasiment immédiatement sur son site. iTele et BFM TV, quant à elles, interrompent progressivement leurs programmes pour se consacrer exclusivement à l’événement en cours. Quant à France 24, elle suit à peu près le même cheminement, tout comme la BBC. Pour résumer, l’actualité s’arrête sur l’ensemble des grands médias français dont la ligne éditoriale s’étend à l’international. En revanche, la situation est tout autre sur le continent africain. Pendant l’attaque, les informations arrivent au compte-gouttes. Et tandis que L’Express ou L’Obs complètent leurs articles sur l’événement toutes les dix minutes, la télévision nationale du Burkina évoque à peine le sujet.

Et pendant ce temps-là…

Le silence est étonnant. Sur la RTB (Radio-télévision du Burkina), un reportage sur un club de foot est diffusé. Aucune interruption en vue, même pour la météo. Entre deux lancements, le présentateur de la chaîne glisse seulement à ses spectateurs qu’une attaque terroriste est en cours. Mais il précise qu’il n’en dira pas plus, par manque de détails. On hésite entre ébahissement et admiration. Le ton des journalistes reste calme et maîtrisé, ils semblent résister à la tentation du breaking news. Et sur Twitter, alors que les professionnels du pays pourraient se déchaîner, c’est surtout des journalistes de Reuters ou de RFI qui témoignent en direct. 

En tête de Google Actualité n’arrivent pas non plus des sites locaux ou africains : c’est bien RFI qui est le mieux référencé sur l’événement. Plus tard dans la soirée, alors que l’attaque est encore en cours, un restaurant de Dakar diffuse sur grand écran la chaîne de télévision France 24. Comme si les journalistes français étaient les plus à même de parler de l’Afrique. Exemple du décalage avec le continent : le tag « attaque à Ouagadougou » n’a été créé que le 28 janvier sur le site de la RTB. Plus concurrentiels et mieux réactifs, les médias occidentaux apparaissent donc comme hégémoniques en temps de crise, face à des médias nationaux qui peinent à s’adapter. Il s’agirait presque d’un néo-colonialisme médiatique.

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