Amérique du Nord

« Scrollons » tous en choeur

Le 15 avril, quelques jours avant le séisme au Népal, le Washington Post avait mis en ligne « Scalling Everest », une aventure graphique et multimédia permettant de suivre les étapes principales de l’ascension de ce mont qui culmine à 8 848 mètres d’altitude. Cette création visuelle de Richard Johnson, Bonnie Berkowitz, et Lazaro Gamio s’inscrit dans une tendance du journalisme multimédia de ces dernières années.

Un voyage par le dessin et le son

Ce reportage graphique ne comporte ni photographies ni vidéos. La voix des alpinistes est le seul élément de réalité, le reste n’étant que dessin, sans doute pour laisser toute sa place à l’imagination. Des indications sur la faune et la flore apparaissent à droite de l’écran lorsque l’on « scrolle », autrement dit lorsque l’on fait défiler la page. D’autres informations s’ajoutent, à la manière de notes épinglées sur un cahier de route : « land mark », « fast facts » ou encore « elevation indication ».

scalling Everest

Le New York Times, avec son récit interactif d’une avalanche (Snow Fall), propose quant à lui une nouvelle approche du journalisme : le slow journalism. Il ne semble pas idiot toutefois de rapprocher les deux initiatives qui, bien que différentes dans le fond, se ressemble dans la manière d’appréhender l’information, davantage basé sur la qualité que sur la quantité, sur le temps long et sur l’interactivité plutôt que sur l’instantané et le périssable.

Le scroll a la cote sur le web

Le Washington Post n’est pas le premier à utiliser ce genre de présentation. De nombreux pure players et médias traditionnels cherchant à innover dans les supports numériques utilisent le scroll ou bien l’insertion d’images et de son dans l’écrit. C’est par exemple le cas d’Ijsberg, avec ses contenus originaux et ses reportages long-format. Ou encore Inkyfada, journal en ligne francophone tunisien.

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Arte a également bien compris que le virage du numérique était inévitable. En plus de son service de vidéo en ligne Arte+7, elle fournit désormais son site de contenus web, parfois multimédias et souvent sous forme de dossier. À l’occasion du centenaire du génocide arménien, en parallèle de plusieurs films programmés sur ce sujet, le site est garni d’articles ou de mini-vidéos qui complètent les connaissances du spectateur, sous forme d’un dossier spécial. L’internaute peut retrouver une affiche représentant des membres de l’ASALA (Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie), un mouvement terroriste qui organisa l’assassinat de diplomates turcs (opération Nemesis) avec des sons et des textes qui s’affichent lorsqu’il clique sur les dessins. Une timeline avec les grandes dates du génocide prend également part à ce portfolio historique.

Europe 1, radio généraliste française, commence aussi à développer ce format sur son site. Le séisme de Katmandou est par exemple raconté dans un article sous forme de scroll, sorte de diaporama que l’on déroule à la verticale. Créé par Maud Descamps, responsable des nouveaux formats éditoriaux d’Europe 1, comme elle se décrit sur Twitter, ce type de présentation est fréquemment utilisé pour alimenter le site web d’Europe 1. Autre exemple; un article interactif avec vidéos, photos et textes sur les camps de concentration français : « Struthof, Drancy : que reste-t-il des camps français ? »

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Cette exploitation du bi-média — voire tri-média — permet une convergence des supports et une exploitation intelligente d’Internet en tant que plate-forme de partage des savoirs et des connaissances. Quelque part entre le web documentaire et l’article enrichi.