Amérique du Nord

Étudiants et journalistes, rien ne va plus au Québec (1/2)

Depuis quelques mois, les étudiants québécois se mobilisent contre les mesures d’austérité imposées par le gouvernement provincial de Philippe Couillard. Manifestations, occupations des établissements, blocage des cours… de quoi alimenter les journaux qui relaient l’action étudiante. Et pourtant, difficile de manquer les tensions que la couverture médiatique du mouvement a distillée entre étudiants et journalistes…

Tweet de l'Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante

Tweet de l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante

« Le printemps 2015 », voilà comment certains surnomment la mobilisation estudiantine qui touche le Québec depuis ce début d’année. Février, mars, avril… impossible de manquer les mises à jour sur l’avancée du mouvement. Stratégies épluchées, communication des portes paroles étudiants décortiquées, éditos plus ou moins cinglants dans les grands journaux québécois… Bref, de quoi nourrir les manchettes pendant un certain temps.

Frustration des étudiants

« Une campagne de salissage », voilà ce que retiennent un bon nombre d’étudiants engagés dans les mouvements. La couverture médiatique des mobilisations est omniprésente dans les médias québécois. Mais pour les principaux intéressés, cette campagne serait orientée, voir même désinformée.

Je pense que la conjoncture fait en sorte qu’on a l’impression d’être victime d’une campagne de salissage. On a souvent vu depuis 2012 de la désinformation dans les médias. Il y a une méfiance grandissante de la base militante quant à la couverture réelle qu’on voit de nous dans les médias.

Fannie Poirier, militante du Printemps 2015

Frustration et méfiance, voilà donc les maitres mots. D’abord vis à vis de l’image des mouvements étudiants qui seraient transmis dans les médias. Un parti pris des journalistes, c’est l’une des théories en vogue parmi les étudiants. « De manière générale, il y a un biais en faveur des forces policières et de la répression. C’est ce qu’on vit au jour le jour, et c’est normal qu’il y ait une certaine amertume qui se soit développée par rapport aux journalistes » dénonce Sophie Labelle, étudiante activiste interrogée par le journal Métro.

Manque d’objectivité, mais pas seulement. Vient ensuite la question de la légitimité d’un tel mouvement, qui est souvent interrogé par les journalistes. « Quand ce sont des syndicats, ça passe. Mais parce que ce sont des étudiants, et qu’il n’y a pas de mesures directes qui ont été annoncées, on ne leur donne pas la légitimité de protester contre les mesures d’austérité qui touchent tout le monde », souligne Pascale Dufour, directrice du centre de recherche sur les politiques et le développement social à l’Université de Montréal.

C’est un message qui ne passe pas, qui n’est pas accepté, qui n’est pas considéré comme légitime. Il n’a pas de résonance dans les médias. Je pense que c’est un vrai problème de couverture médiatique

Pascale Dufour, directrice du CPDS

Et comme on a pu le constater, cette frustration estudiantine se fait bien sentir.

Méfiance envers les journalistes

Le premier fait : début avril, au sein de l’Université du Québec à Montréal, un journaliste de la radio 98.5FM a été pris à partie par les manifestants. Quelques jours plus tard, même rengaine. Alors que plusieurs journalistes couvraient une levée de cours, un petit groupe d’étudiants masqués s’en est pris à un photojournaliste de l’agence QMI. Alors que les manifestants visaient son appareil photo, le journaliste a essuyé quelques coups. Au même moment, un confrère de La Presse se fait encerclé et bousculé… tout ça dans les couloirs de l’université.

Plus tard, le Huffington Post partage une vidéo montrant une altercation entre un journaliste et des étudiants en grève.

tweet cégepFace à un traitement médiatique qu’ils jugent injustes et préjudiciable pour la cause étudiante, une nouvelle stratégie est mise en place : le silence.

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