Amérique du Nord

Affaire Rolling Stone : un cas d’école (1/2)

C’est officiel : après cinq mois de polémique, le magazine Rolling Stone retire enfin de son site internet un article qui a attiré les foudres de toute la profession journalistique. Éthique bafouée, enquête négligée, vérification des faits omise… tout le travail de la journaliste à l’origine de cet article a été largement critiqué. Un fiasco journalistique aux relents nauséabonds…

a rape on campus

Après de longs mois de polémique, le magazine Rolling Stone s’excuse et retire son article « Un viol sur le campus »

19 novembre 2014, l’article « A rape on campus : a brutal assault and struggle » est publié par le magazine Rolling Stone. L’article de Sabrina Rubin Erdely fait l’effet d’une bombe. L’histoire de Jackie est retracée. Cette jeune fille affirme avoir été violée par sept étudiants d’une fraternité de l’Université de Virginie. Onde de choc dans ladite université. Les étudiants manifestent, les fraternités sont fermées sur le campus, le débat national sur les viols au sein des universités est relancé.

Face aux remous de l’article, d’autres médias s’intéressent alors à l’affaire. Le Washington Post notamment. Les premiers reproches fusent. Selon l’enquête du Washington Post, il est impossible que l’agression se soit déroulée comme la journaliste l’a retranscrit. Première réaction de Rolling Stone : publier une note au début du fameux article.

Au regard de nouvelles informations, il semble désormais qu’il y ait quelques contradictions dans le témoignage de Jackie, et nous en sommes venus à la conclusion que notre confiance à son égard était une erreur.

— Note de la rédaction au début de l’article « A rape on campus »

Une note qui ne laissera pas indifférent. Le milieu journalistique s’affole : comment le magazine peut-il rejeter la faute sur son témoin alors que lui-même n’a pas vérifié les faits ? Face à la pluie de critiques, Rolling Stone met à jour cette fameuse note en tête d’article : « ces erreurs incombent à Rolling Stone et non à Jackie. »

Mais le mal est fait et la réputation du magazine et de ses journalistes est mise en question. La direction prend donc les devants et commande un rapport sur les méthodes utilisées pour cet article.

Un rapport accablant est rendu par l’équipe de Steve Coll, lauréat d’un prix Pulitzer et Doyen de l’école de journalisme de l’Université de Columbia. La journaliste et plus généralement la rédaction de Rolling Stone sont épinglés. Ce sont tous les niveaux du processus journalistique qui sont remis en cause.

Ébranlé par les conclusions du rapport, le directeur de la publication, Jann Wenner, confirme pourtant au New York Times que  personne ne sera sanctionné pour les manquements relevés.

Les dégâts collatéraux

Au-delà du manque de rigueur du magazine, c’est toute la démarche de Rolling Stone, notamment dans la gestion de l’affaire, qui essuie les critiques. D’abord, la remise en cause de Jackie, plutôt qu’une autoévaluation de ses propres erreurs.

L’erreur du magazine pourrait avoir répandu l’idée que de nombreuses femmes inventent des allégations de viol.

— Extrait du Rapport rendu par l’équipe de Steve Coll

Toute la question du témoignage des victimes de viols — question déjà suffisamment sensible — est malheureusement au cœur d’une tourmente dont elle se serait bien passée.

« Les agressions sexuelles sur les campus universitaires sont un grave problème et il est important que les victimes de viols continuent à se sentir à l’aise pour les dénoncer. Cela nous attriste de penser que leur volonté de le faire puisse être atténuée par nos erreurs »… Will Dana, rédacteur en chef de Rolling Stone, tente de faire amende honorable, mais, encore une fois, le mal est fait…

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